Sommes-nous en train d'assister à la fin de la parenthèse MODEM ? Un
certain nombre d'éléments et de circonstances permettent de le penser. Reprenons brièvement l'historique récent de ce mouvement.
L'idée de créer un mouvement centriste autonome (qui s'appellera bien plus tard le Mouvement Démocrate) a germé dans l'esprit de François BAYROU aux lendemains de la victoire présidentielle 2002
de Jacques CHIRAC. En effet, à l'occasion du mois de Juin 2002, le Président de la République décide de profiter de l'argument de son score de 82 % du second tour de la Présidentielle pour
solliciter la création d'une majorité présidentielle plus ample que le RPR. Est donc créée l'Union pour la Majorité Présidentielle (UMP) dont les nouveaux adhérents proviennent essentiellement du
RPR et de l'UDF pour les 2/3 des membres de ce dernier.
Se pose alors un cas de conscience pour François Bayrou ; soit il rejoint la nouvelle UMP avec pour conséquence personnelle d'être en concurrence avec de nombreux barons gaullistes soit il
affirme une sécession pouvant lui servir de tremplin politique pour la future présidentielle de 2007. Il choisit alors la seconde possibilité pouvant lui octroyer l'hypothétique avantage de ne
pas assumer le bilan de la politique gouvernementale en cas d'usure politique tout en lui permettant de ne pas être catalogué comme appartenant à l'opposition.
François BAYROU s'essaye alors à la stratégie du "grand écart permanent" en faisant planer l'incertitude concernant le vote du groupe UDF lors des ordres du
jour parlementaires politiquement visibles. Cette attitude irrite alors une partie des membres de l'UDF tout en fidélisant une partie des troupes à la cause de la "3ème voie Bayrou". Les émeutes
de 2005 en banlieue vont permettre au mielleux Bayrou de se démarquer de la brutalité du Ministre de l'Intérieur Sarkozy.
Arrive alors la période de pré-campagne de la Présidentielle 2007 qui va permettre à François BAYROU de défendre un positionnement politique centriste offrant une
porte de sortie à certains électeurs peu enclins à choisir entre Sarkozy et Ségolène Royal. Sa popularité croît doucement mais sûrement et les sondages commencent à s'affoler à partir de janvier
2007. Il attire une partie de l'électorat gaulliste "social-ségueniste" peu tentée par la brutalité d'un Sarkozy ultra-libéral et flirtant avec l'électorat lepéniste, et une partie de l'électorat
social-démocrate du PS peu convaincu par les propositions économiques et fiscales de Ségolène ROYAL.
Un prometteur score de 18 % au premier tour lui offre l'occasion d'être l'incontournable personnage à séduire de l'entre deux tours. Son anti-sarkozysme ne lui offre rapidement que l'alternative
entre accepter la rencontre avec Ségolène Royal et assumer une indépendance totale. Il choisit alors un débat avec Ségolène Royal qui va déstabiliser une grande partie de son électorat. François
Bayrou persiste à semer le trouble lorsqu'il affirme ne pas vouloir voter pour Nicolas Sarkozy au second tour.
Le nouveau Président de la République utilise alors stratégiquement
le trouble des électeurs de Bayrou en facilitant la création d'un Nouveau Parti du Centre susceptible d'accueillir des élus centristes frileux à l'idée d'affronter des candidats UMP lors des
imminentes élections législatives. La plupart des députés centristes va choisir une allégeance à Sarkozy synonyme également de sévère sanction à l'égard du
flirt politique de Bayrou avec Ségolène Royal. Les résultats des législatives constituent une déroute pour un groupe MODEM constitué de 4 députés...La moitié de ces 4 députés rallie
progressivement le Nouveau Parti du Centre.
François BAYROU mise alors désespèrement sur les élections municipales et cantonales de mars 2008 pour assurer sa pérennité politique (et financière ?). La reconquête passe par la candidature du
béarnais Bayrou à la Mairie de Pau. Les résultats du premier tour laissent peu d'espoir et le MODEM s'enlise alors dans des négociations avec l'UMP comme avec le PS. Sa maigre crédibilité
politique s'effrite encore à travers l'illisibilité de ses alliances de circonstance.
Que conclure à l'égard de ce MODEM ? 2/3 de ses élus et de ses électeurs s'identifient à la grande famille de la Droite et se sentent attirés par le Nouveau Parti du Centre (ne serait-ce que
par opportunisme politique pour ses élus). Le dernier tiers de ses élus et électeurs est tenté de rejoindre un Parti Socialiste ayant assumé dans le texte (Déclaration de Principes) son virage
réformiste social-démocrate.
Le MODEM se résume de nos jours à l'obsession aventurière et solitaire d'un François BAYROU qui semble avoir oublié son appartenance passée à des gouvernements de
Droite. Tout semble indiquer que le maigre particularisme centriste ne pourra trouver écho que dans le cadre de son adhésion au bipartisme PS-UMP.
N'en déplaise à François BAYROU, il n'existe que deux grandes principales familles politiques en France constituées par la Gauche (bien que plurielle) et la Droite. D'un côté un libéralisme
politique jumelé à un interventionnisme économique public (la Gauche) et de l'autre côté un conservatisme politique appliqué à un libéralisme économique (la Droite).
Je pense qu'il appartient au MODEM de se définir par rapport à un Parti Socialiste, dont la diversité en terme de courants ne saurait masquer ses certitudes idéologiques réformistes ; à l'inverse
le Parti Socialiste n'a pas besoin du MODEM pour reconquérir une opinion publique qui s'agace des échecs répétés de la politique de Sarkozy.
Philippe FRANK