La
photographie que l'on peut établir aujourd’hui de nos villes, en particulier en Ile-de-France, doit nous conduire à traduire les dysfonctionnements observés en une définition cohérente ,
exigeante et collective des caractéristiques prioritaires de la ville durable de demain. Les villes actuelles ont des traits fortement contrastés qui conduisent à des dérèglements intolérables
pour la cohésion nationale.
Parmi les contrastes les plus frappants, on soulignera l’existence de villes regroupant une part prédominante de la
valeur ajoutée créée dans l’espace régional (ex : La Défense, Rungis, Roissy CDG). Les salariés de ces entreprises résident très majoritairement dans d’autres villes que celles qui
accueillent leurs sociétés. Cette population active produit donc une richesse dont le produit versé sous forme de taxe professionnelle sera distribué à des collectivités territoriales qui n’ont
pas à assumer les charges collectives de résidence des salariés.
Cette dichotomie Lieu de travail/lieu de résidence est à l’origine de besoins d’infrastructures collectives (transports en commun, routes) dont les coûts ne sont que
très partiellement transférés aux villes qui accueillent ces zones majeures d’activités économiques. Il en résulte un solde (recettes de taxes professionnelles – coûts d’investissement et de
fonctionnement des équipements structurants et de voirie) largement positif pour la collectivité d’accueil de ces nombreuses entreprises. Au niveau des lieux de résidence des salariés, cela se
traduit par la création de villes-dortoirs qui doivent prendre en charge financièrement les nombreuses « attentes de vie » (équipements collectifs comme les crèches et les écoles,
revenus sociaux distribués par les services d’action sociale de ces villes de résidence).
Pour financer les actions en faveur de leur population, nombreuses sont ces villes qui disposent d’une assiette d’imposition assez faible en terme de taxe
professionnelle qu’ils ne peuvent compenser par le vote de taux d’imposition élevés à l’égard d’habitants en difficulté (taxe d’habitation, taxes foncières). Cela peut donc se traduire par le
vote de taux de taxe professionnelle élevés dans ces communes ayant pour effet de décourager l’implantation de nouvelles entreprises. A la dichotomie lieux de travail/lieux de résidence s’ajoute
une dichotomie croissante villes riches/villes pauvres. En effet, les salariés disposent de revenus différents les uns par rapport aux autres ce qui a pour effet de ne pas leur octroyer la même
marge de manœuvre quant au choix de la ville de résidence en matière de prix immobilier/m2. Au final les villes regroupant les populations aisées doivent assumer des charges de solidarité sociale
peu importantes ce qui leur permet de voter des taux d’imposition modérés, ces derniers conférant une attractivité à la ville permettant l’accueil de nouveaux propriétaires.
Mais me direz-vous les socialistes avaient voté la loi de Solidarité Urbaine imposant à toutes les communes de plus de 3500 habitants un objectif de 20 % de
logements sociaux sous peine d’amendes ? Et bien figurez-vous que ces communes de droite préfèrent payer des amendes dont le niveau a été allégé sous le dernier mandat de Jacques Chirac
plutôt que d’accueillir des familles aux modestes revenus sur leur sol ! Pour la Droite la priorité consiste à perpétuer l’égoïsme des communes
riches et à parallèlement critiquer la gestion des communes pauvres gérées par la Gauche en assénant des slogans populistes et sécuritaires…Mais me direz-vous, n’appartient-il pas à la Région
Ile-de-France de corriger ces inégalités spatiales au moyen de l’octroi de subventions à des projets de développement dans les territoires défavorisés ? Que nenni, la Droite Régionale ne s’est pas économisée en matière de contournement des actions préconisées par le SDRIF (oui, vous savez ce Schéma Directeur de
la Région Ile-de-France finalisé après des années de concertation avec les communes, et dont les préconisations devaient permettre un rééquilibrage en matière d’accueil des activités économiques
en faveur de l’Est de l’agglomération Parisienne).
Enfin que dire d’un Président de la République se permettant de reporter à plus tard l’adoption du SDRIF ? (pour mieux permettre à Roger Karoutchi de critiquer
l’inaction de la gestion socialiste de la Région IDF en vue de sa conquête politique en 2010 ?). Nicolas Sarkozy n’était pas le dernier à assumer gaiement ses contradictions quand il déclara
« retrouver la cohésion, c’est simplement reconstruire une ville équilibrée (…) l’éclatement ce sont ces familles qui vont habiter à une heure de voiture parce que le logement est trop
cher (sic !) ». Mais pourquoi Nicolas Sarkozy au titre de son mandat de Maire de Neuilly-sur-Seine n’a-t-il pas crée 20 % de logements sociaux pour permettre aux salariés en
difficulté de vivre à 10 minutes de leur travail à La Défense ?! Comment le Président peut-il oser en appeler à la « cohésion » alors
qu’il a tellement critiqué la Loi de Solidarité Urbaine ?! Je pense que la tactique présidentielle consiste plutôt à créer une confusion quant à la perception des Franciliens de l’action de
la Région Ile-de-France dans le but d’offrir cette dernière à Roger Karoutchi en 2010. Le Président de la République et l’UMP n’ont toujours pas tiré les leçons de leur lourde défaite aux
élections municipales et cantonales du mois de mars dernier.
Philippe FRANK