Un débat public extraordinaire consacré à la réforme des collectivités territoriales s’est tenu ce mercredi 18 novembre dans la salle du conseil municipal. L’initiative de ce débat en
revient au Maire de notre ville, Dominique ADENOT et il convient de l’en remercier. En effet, tous les maires du Val-de-Marne ne sont pas enclins à accorder la parole à leurs concitoyens. La
salle du conseil municipal a ainsi accueilli de nombreux citoyens campinois en dépit de l’heure atypique de début du débat (18 h 30).
Le Maire a plutôt bien introduit et synthétisé les enjeux de l’avant-projet de loi de réforme des collectivités territoriales prochainement débattu dans les deux assemblées parlementaires. De l’élection programmée des conseillers territoriaux au Grand Paris en passant par la suppression de la clause générale de compétence, les sujets d’inquiétude ne manquaient pas. Sans parler de l’incongrue suppression programmée de la taxe professionnelle ou comment mettre la charrue avant les bœufs. En effet, avant de parler du financement d’un projet, il convient de prendre le temps de définir et de débattre du projet en lui-même.
Des interventions citoyennes exprimées lors de ce débat municipal l’on retiendra la vive émotion exprimée par une campinoise inquiète pour l’avenir professionnel de son mari technicien TOS des lycées. Difficile également de ne pas mentionner l’amertume d’un citoyen campinois qui signalait l’augmentation continue des loyers dans un contexte de stagnation permanente de ses revenus annuels. Il était également question pour une campinoise d’exprimer l’existence d’une identité campinoise menacée de dissolution dans le Grand Paris. Un autre campinois préférait rappeler que l’identité campinoise ne lui semblait pas contradictoire avec le sentiment d’appartenance à l’agglomération parisienne, et qu’il percevait le projet de réforme des collectivités comme une opportunité de développement économique à saisir.
J’intervins alors en tant que secrétaire de section du Parti Socialiste de Champigny-sur-Marne. Il me semblait important, entre autres, de rappeler l’appréciation positive de l’intercommunalité exprimée par le Parti Socialiste tendant à souhaiter l’intégration volontaire de toute commune dans un EPCI à l’échéance du 01er janvier 2011. Je souhaitais conclure en invitant le Maire à porter le débat de l’intercommunalité à l’occasion des Rencontres Citoyennes. La complexité inhérente à la conception intercommunale d’un projet de territoire ne me semble pas constituer un motif suffisant pour écarter d’un revers de main l’hypothèse de l’intercommunalité. Le Secrétaire de Section du Parti Communiste lit alors un communiqué de dénonciation du projet présidentiel de démolition des collectivités territoriales.
Et puis la parole fût attribuée aux groupes politiques municipaux. Yves Fuchs exprima la vision de l’association citoyenne des Boucles de la Marne concernant ce projet de réforme territoriale. Laurent JEANNE au nom du MODEM de Champigny-sur-Marne exprima une vision critique et nuancée de l’avant-projet gouvernemental en question. Et nous sommes enfin arrivés à la « cerise sur le gâteau » des interventions des deux groupes municipaux de droite. Jusqu’alors les avis des uns et des autres en matière de réforme territoriale se caractérisaient par l’appel à la prise en compte des intérêts des citoyens campinois.
Avec la Droite campinoise le vocabulaire du Grand Paris fût bien différent ; l’objectif de la réforme territoriale consistait pour cette dernière à rendre l’agglomération parisienne plus « compétitive » dans un contexte de concurrence internationale des grandes métropoles (Londres, Berlin, etc…). La perception par la Droite campinoise du projet régional de développement de transports en commun se caractérisa par l’objectif de liaison rapide entre les grands pôles d’activités de l’agglomération parisienne (Roissy – Orly – La Plaine Saint-Denis – Plateau de Saclay – La Défense, etc…). Or, nous savons que le projet présidentiel de liaison rapide en rocade entre les principaux pôles d’activité pourrait se traduire par une absence de station de métro à Champigny-sur-Marne.
Bref, l’Etat pourrait préempter des terrains de notre ville de façon autoritaire sans juger utile d’y installer de station. Les Campinois auraient ainsi la joie d’observer les bruyants passages de trains qu’ils ne pourraient pas prendre, ou comment subir les inconvénients d’un beau projet sans en tirer le moindre avantage…La version actuelle du projet présidentiel de métro régional en rocade s’avère éloignée des conceptions citoyennes des propositions concurrentes de la Région Ile-de-France (Arc Express) et du Département du Val-de-Marne (ORBIVAL). L’Etat avance la création de 4 stations dans le Val-de-Marne quand le projet ORBIVAL en prévoit 20…
Le projet régional Arc Express prévoit de rouler moins vite en raison du rapprochement des nombreuses stations afin de « prendre tout le monde à bord », quand le projet présidentiel concurrent programme de transporter les actifs de quelques villes en vitesse rapide afin que ces derniers puissent « travailler plus pour gagner plus ». Que répond la droite campinoise municipale à l’hypothèse d’absence de station de métro dans notre ville ? Qu’il ne faut pas être obsédé par les légitimes attentes de nos concitoyens campinois, qu’il faut penser « global » et non « local ». Il ne s’agirait pas de défendre des « intérêts corporatistes ». Circulez il n’y a rien à voir, l’empressement quotidien des hommes d’affaires à rejoindre les aéroports prévaudrait sur la double nécessite de désenclaver les quartiers campinois et de diminuer l’important taux de chômage de notre ville. Mais l’intervention de la Droite campinoise ne s’est pas arrêtée aux questions de transports en commun.
Un conseiller municipal de droite s’est ainsi prononcé en faveur d’une modification du Plan Local d’Urbanisme voté en 2007. Je me pris alors à rêver concernant le motif de cette demande. S’agissait-il pour la Droite campinoise de nous faire part de sa vision urbaniste innovante pour l’ensemble des quartiers de notre ville ? Nullement ! La Droite campinoise souhaitait-elle nous inviter à densifier notre ville au regard des préconisations de la démarche « Eco-Cités » du Grenelle de l’Environnement ? Non, il s’agissait tout simplement de « pouvoir agrandir nos maisons » ! Un projet de mise en place d’une véranda nécessite bien après tout d’être défendu en séance du conseil municipal. Point de surprise dans cette déclaration puisque tout le monde sait que la droite définit l’intérêt général comme la somme des intérêts particuliers.
Il ressort des différents discours de la Droite campinoise une impression d’anachronisme et d’obsolescence. En effet, l’utilisation répétée de termes comme « compétitivité » et « concurrence internationale » nous ramène aux valeurs rutilantes d’un néo-libéralisme « thatchérien » des années 80 bel et bien ringardisé par la crise mondiale de l’automne 2008. Les priorités politiques assénées par la Droite campinoise me laisse cette désagréable impression que cette dernière considère nos concitoyens comme des ressources marchandes secondaires au regard des priorités du système financier international.
Or, avec plus de 15 % de chômage et des jeunes actifs soumis aux aléas des contrats de travail courts et précaires, la population campinoise paie le prix fort d’une économie financiarisée qui broie les existences. Quand la Droite campinoise affirme inlassablement la priorité aux liaisons rapides entre les « pôles de compétitivité » de l’agglomération parisienne, l’on se dit que cette dernière n’a toujours pas intégré dans son logiciel politique les enjeux de la ville durable de demain. Grâce à un réseau dense de transports en commun, les villes qui composent le « cœur d’agglomération » devront offrir aux citoyens des activités tertiaires bien réparties sur le territoire. Nous devons combattre le déséquilibre actuel d’aménagement de notre agglomération parisienne pouvant être résumé par un « travail à l’Ouest, logements à l’Est ».
La politique consiste à prévoir, concevoir et programmer. La Droite campinoise préfère quant à elle vivre dans le passé et nous asséner un verbiage libéral qu’elle nous sert depuis près de 30 ans. Cette dernière ne perçoit toujours pas les changements de valeurs qui animent nos concitoyens. La crise mondiale de l’automne 2008 a suscité une prise de conscience citoyenne. La majorité de la population souhaite désormais plus de lien social, de la proximité et une croissance économique plus vertueuse et plus respectueuse de son environnement. Les citoyens, lassés d’être utilisés et jetés par un capitalisme outrancier, s’engagent par exemple de plus en plus dans des associations ou dans des causes citoyennes afin de donner du sens à leur existence. De nombreux campinois refusent désormais de tomber dans le piège de l’égoïsme consumériste et de la peur d’autrui tendu par une Droite qui peine à percevoir les enjeux d’une société qu’il convient de rebâtir collectivement.
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